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| PIERRE-MARIE ALEXIS DIEULEFILS (1862-1937) | | |
Né le 21 janvier 1862 à Malestroit ( Morbihan) petit village breton situé non loin de Vannes.Son destin va être inextricablement lié à l’aventure coloniale française et en particulier à la conquête du Tonkin ( partie Nord du Vietnam actuel) En 1883 il signe un engagement de cinq ans avec l’armée et se trouve incorporé au 24ème régiment d’artillerie basé à Vannes.Il devient brigadier un an plus tard. Ce sont les évènements qui, fortuitement vont le conduire en Indochine.La France est déjà présente dans une partie de la Cochinchine ( territoire désignant une partie Sud de l’actuel Vietnam) depuis 1865, colonie sous tutelle de la Marine. La situation dans la péninsule indochinoise est très instable avec les Français au Sud harcelés et de nombreux incidents militaires et les Chinois au Nord avec une présence militaire importante au Tonkin et en Annam.La cour de Hué ( Annam) est très hostile aux français, les incidents se multiplient et finalement Henri Rivière prend la Citadelle de Hanoi en avril 1882. A partir de ce moment là le cours de l’histoire va s’accélérer. Rivière est tué lors d’une embuscade en 1883 tendue par les Pavillons Noirs, mercenaires à la solde de Hué.Cela déclenche en France une réaction importante et Jules Ferry fait adopter des crédits pour l’envoi de renforts au Tonkin, (4,000 hommes) et la flotte est mise sous le commandement de l’Amiral Courbet.En août Courbet s’empare de Hué et devient également chef du corps expéditionnaire qui obtient un peu plus tard de nouvelles troupes en renfort ( 7,000 hommes) Les pourparlers avec les Chinois aboutissent en mai 1884 au traité de Tien-Tsin qui décide du retrait des troupes chinoises du Tonkin et d’autre part le Protectorat français sur le Tonkin est reconnu par la cour de Hué. Survient alors en juin 1884 l’incident de Bac-Lé ou des troupes chinoises tirent sur les troupes françaises. Le traité de Tien-Tsin est dénoncé, on vote en France l’envoi de troupes supplémentaires et l’Amiral Courbet avec la flotte anéantit la flotte chinoise à Fou-Tcheou.
Cliquez ici pour voir l'illustration de la bataille de Fou-Tchéou
Au Tonkin, la France qui doit faire face aux Pavillons Noirs d’une part, lance également des opérations militaires contre la Chine prenant la ville de Langson puis Dong-Dang et rentre dans le Quang-Si chinois. Le colonel Herbiger, succédant au général Négrier blessé, va évacuer Langson, décision calamiteuse qui va lui valoir la cour martiale et provoquer la chute de Jules Ferry. Un deuxième traité de Tien-Tsin est conclu avec la Chine en juin 1885, la Chine évacuant le Tonkin et s’engageant à ne plus y intervenir. C’est à ce moment là qu’arrive P. Dieulefils au Tonkin avec les 13ème et 24ème régiments d’artillerie. Le général De Courcy doit maintenant pacifier le Tonkin, l’animosité avec Hué continuant, les régents attaquent les français en juillet 1885.La bataille est féroce mais De Courcy reste maître de la situation. P. Dieulefils est basé à Hanoi.Jusqu’en 1887 les troupes françaises vont être engagées contre toutes sortes de belligérants : Pavillons Noirs, Pirates mais également pillards chinois ou vietnamiens. Dieulefils participe, entre autres, au siège de Ba-Dinh, en 1887 qui va se terminer par de très lourdes pertes pour les vietnamiens dont la forteresse sera pilonnée par l’artillerie française. L’essentiel des opérations militaires au Tonkin est terminé qui va être gouverné dès lors par un civil M. Paul Bert. Pendant cette période P. Dieulefils prend déjà des clichés ( dont Ba-Dinh) et certaines localités aux noms compliqués prennent de l’importance vu les opérations militaires qui s’y sont déroulées.
Dès 1886 d’importants travaux ont commencé à Hanoi et une première exposition va être organisée en 1887 avec la participation de quelques commerçants et négociants. P Dieulefils qui a passé deux ans au Tonkin rentre en France en permission libérable où il arrive en août 1887. Rentré à Malestroit, il tombe amoureux de Marie Glais et ils décident finalement de se marier. Néanmoins pour ce faire P.Dieulefils est obligé de démissionner de l’armée, Marie n’ayant pas la dot requise pour un sous officier ! Le mariage aura lieu le 8 juillet 1889.Entre temps Dieulefils repart au Tonkin où il arrive en juillet 1888 et va ouvrir son magasin et faire de nombreux clichés en préparation de sa participation à l’Exposition Universelle de Paris en avril 1889.Il obtient lors de cette Exposition une médaille de bronze pour ses photographies. Le jeune couple quitte la France et s’installe à Hanoi en 1889 dans une paillote en pisée au confort très spartiate. L’année suivante le couple a son premier enfant, une fille Marguerite Marie et deux jumeaux en 1891 Pierre et Georges, ce dernier décédant suite à un accident. Une autre fille Marie, naîtra en 1894. Ils emménagent dans leur nouvelle maison, en dur cette fois ci, au 53 Rue Jules Ferry.C’est cette adresse qui figure sur les premières cartes postales qui seront publiées ultérieurement. La même année il obtient l’adjudication d’un appel d’offres lancée par l’administration pour les clichés d’identité devant figurer sur les cartes de séjour des étrangers vivant au Tonkin et Annam ( principalement des chinois). Ceci l’amène à se déplacer dans tout le Tonkin dans un nombre important de différents centres et ce dans des conditions quelquefois périlleuses. Poussé par la nécessité ou parce qu’il a une âme de négociant il se porte acquéreur aux enchères à l’Arsenal de Haïphong d’un bateau dont il n’est pas clair a quel transport ou commerce celui-ci serait utilisé. Las ! l’état du bateau est déplorable, échoué quelque part, sans son matériel de navigation et l’affaire se termine devant les tribunaux avec l’obtention d’une indemnité pour P.Dieulefils. La famille rentre en France en 1898,faisant l’acquisition d’un terrain à Malestroit en vue d’y faire construire une cidrerie et une maison. En 1899 un dernier enfant Jean naît à Malestroit. Ce faisant P.Dieulefils se prépare pour l’Exposition Universelle de Paris en 1900.Celle ci comportera 5 pavillons consacrés à l’Indochine. Il va obtenir une médaille d’Or pour ses photos à cette occasion même si ce fait n’est pas établi formellement. Après une longue absence en France, ils sont de retour à Hanoï en 1901.La ville est méconnaissable avec d’innombrables chantiers et un bouleversement de l’urbanisme. C’est Joffre qui dirige le commandement militaire assisté de Lyautey qui va se lier d’amitié durablement avec P.Dieulefils partageant un goût commun pour la photographie. Apparemment d’autres comme le Prince d’Orléans auront aussi des contacts amicaux avec la famille Dieulefils.La rumeur rapporte que Paul Doumer va céder des meubles à la famille Dieulefils lors de son départ en 1902 ! C’est dire si la qualité relationnelle est bonne et leur réputation grande à Hanoï ! C’est à cette époque que P.Dieulefils commence son activité d’éditeur de cartes postales qui va indéniablement le rendre plus célèbre qu’il n’est et lui assurer des revenus confortables. La production et l’édition de cartes postales qui démarre dès 1902 ne va cesser de progresser jusqu’en 1910. Malheureusement, en 1904, P.Dieulefils tombe malade assez gravement, étant opéré pour une amibiase hépatique dont il a beaucoup de mal à se remettre et doit rentrer en France pour se reposer. A partir de cette date les règles de l’Union Postale changent et on va pouvoir écrire au dos des cartes postales. Il va donc lancer dès cette date une nouvelle collection créant un logo pour identifier ses cartes ( un brûle parfum), idée « marketing » géniale qui va faire des émules quelques années plus tard. De plus en 1905 il décide de partir au Cambodge remontant le cours du Mékong en bateau de Saïgon, pour débarquer finalement à Phnom-Penh puis se diriger vers Angkor. Que ce soit à Phnom-Penh ou à Angkor il fait des clichés somptueux en qualité et quantité. Ses cartes postales sur Angkor vont faire « un tabac » Quelques mois plus tard il prend un nouveau magasin à Hanoï au 42/44 Rue Paul Bert et s’embarque à nouveau pour participer à l’Exposition Coloniale de Marseille (1906).Celle-ci a lieu du 15 avril jusqu’au mois de novembre 1906 et se compose de huit pavillons pour l’Indochine.P Dieulefils présente ses cartes postales du Cambodge et obtient une médaille d’Or pour ses photos.. En 1907 la famille acquiert une maison à Doson, station balnéaire chic de l’époque située près de Haïphong. Le mouvement s’accélère et il participe en 1908 à l’Exposition Franco-Britannique de Londres ou P.Dieulefils présente son livre « Cambodge et Ruines d’Angkor », livre qui reste encore de nos jours parmi les plus beaux et les plus complets de photographies réalisées sur les ruines d’Angkor. En 1909 il va faire de nouvelles photos du Tonkin et éditer un nouveau livre »L’Indochine Pittoresque et Monumentale : Tonkin-Annam » qu’il va présenter lors de l’Exposition Internationale de Bruxelles en 1910 où il obtient de nouveau une médaille d’Or.Cette même année sa fille aînée se marie avec M. Pouchat chef de la Garde Indigène.Elle recevra en dot la cidrerie que P.Dieulefils avait fait ériger à Malestroit. Prémonition ou début de lassitude ? Toujours est- il que l’on retrouve la famille de retour en France à Fontenay aux Roses en 1913 à la veille de la Grande Guerre.Au déclenchement de la guerre Dieulefils est en France et va mettre son magasin de Hanoï en gérance. Leur vie devient plus chaotique et dramatique. Leur fils aîné Pierre est tué aux Chemin des Dames en 1917 et après la guerre une rue d’Hanoï portera son nom. Le second fils Jean souffre de troubles divers nécessitant des soins et un suivi psychologique. Au début de la guerre ( 1914/1915) il part au Maroc où se trouve Lyautey.Il va faire de très nombreux et superbes clichés et rapidement publier un livre Fez-Meknès.Un autre livre est en préparation avec également de superbes clichés mais qui, à notre connaissance, ne sera jamais publié. A la fin de la guerre la situation financière de Dieulefils s’est fortement dégradée ayant converti, à tort, leurs francs or en francs papier et de surcroît investi, comme beaucoup d’autres, dans les emprunts russes ou roumains qui ne valent plus rien. Néanmoins ils vont quand même construire, à côté de la cidrerie, leur maison à Malestroit « les Sources » dans les années 20. Dès la fin de la guerre P.Dieulefils reprend le chemin de l’Indochine où il va se rendre de manière régulière pendant de nombreuses années. Sans doute mettra t il à profit ces années pour vendre ses actifs d’Indochine que ce soit à Hanoï ou à Doson.
Sa grande période productive en tant qu’Explorateur-Photographe est terminée. Il ne s’est jamais vraiment remis de son opération consécutive à son amibiase et en 1921 il perd sa fille Marguerite-Marie qui meurt en rentrant en Indochine de la Grippe Espagnole laissant une petite fille Odile âgée de quelques mois seulement. La même année son autre fille Marie-Eugénie épouse Paul Connan et le jeune couple part s’installer à Tanger où Paul, en tant qu’ingénieur, participe à la construction des routes. P.Dieulefils habite à Malestroit et consacre l’essentiel de son temps à la poésie et quelques-uns uns de ses poèmes seront publiés. Il s’éteint en 1937.Marie, sa femme, ne disparaîtra qu’en 1955. Tous deux sont aujourd’hui au cimetière de Malestroit ( Morbihan) mais en Bretagne, terre de légendes, la leur est encore vivante au cœur de leurs petits enfants. | 
Marie jeune femme

Lyautey

DOSON-La terrasse

Marie vers 1913

La famille au complet

Marie avec sa fille et son fils

Marie et ses 2 fils

Doson-Avec des amis

Doson-Vue sur la baie de la maison
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